solo · 2026
Elle est nue sous ses cheveux
Depuis plusieurs années je pratique le rêve éveillé : yeux clos, respiration, dictaphone, et un récit que je rapporte, réécris, puis enregistre. C'est le moyen que j'ai trouvé de retourner dans l'état d'enfance où l'imaginaire vivait en permanence à côté de la vie réelle, celui du grenier où j'enfilais les vêtements cousus par mon oncle pour habiter un autre monde. Elle est nue sous ses cheveux est un palais mental où ces rêves sont rangés et donnés à écouter. Un parterre d'argile rouge crue occupe le sol ; sur ses bords, des coques ouvertes à la taille d'un corps abritent chacune un haut-parleur d'où sort un rêve, à très bas niveau. Il faut s'allonger pour entendre, dans la position où j'ai fabriqué la pièce et où je rêve. En face, j'ai posé le costume d'arlequin céleste que mon oncle m'avait fait pour mes cinq ans. Pour entrer dans la salle blanche, j'ai cousu un habit d'après un manteau qu'il avait fait pour ma grand-mère. D'un rêve à l'autre, il est question de peaux que l'on habite puis que l'on abandonne, du corps de l'enfant qui grandit vers l'âge adulte, puis vers la vieillesse. Une même figure y revient, en sœur, en vieille femme, en insecte. L'habit de la performance rejoue ces peaux successives.